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Mardi 20 février 2007

Nous Nous sommes encore en février, mais la nature s'éveille,

La chrisalide éclos après de longs mois de veille.

Cet après-midi, me promenant le long de l'Essonne,

J'ai aussi  vu les primevères, encore toutes pâles,  qui s'étonnent

D'être déjà là, annonciatrices d'un aussi précoce printemps

Et  proposent timidement leur pollen à ce papillon gourmand. 

Par Catsy
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Mercredi 21 février 2007

Le 21 février 2007

En poursuivant ma promenade le long de l'Essonne, aujourd'hui, j'ai pu voir le nid d'un Grèbe huppé, contenant un oeuf, posé sur l'eau.

Puis, à mon retour, j'ai eu le bonheur de voir un des Grèbes huppés sur son nid.

Il m'a montré son insatisfaction devant l'objectif, et pour ne pas le déranger, je n'ai fait que 2 photos, dont une ci-dessus.

Par Catsy
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Jeudi 22 février 2007

Je n'ai pas pu résister... elle est si belle !!!

Par Catsy
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Dimanche 25 février 2007

 

 

LE MYSTERIEUX SOLDAT

 

 

 

 

 

C’était un samedi de septembre 1994.

 

 

L’été se prolongeait, en ce mois de septembre, et le soleil n’avait pas encore pris ses teintes d’automne, mais il ne montait plus aussi haut, et n’illuminait plus aussi bien l’appartement.

 

 

Vivant seule avec mes deux filles, et chacune ayant ses occupations, je me levais avec une très forte envie de flemmarder toute la journée.

 

 

Je traversais donc le sas, sur lequel s’ouvrent nos chambres, sans même accorder un coup d’œil au désordre régnant dans celles des filles. Je snobais également la poussière accumulée depuis la semaine dernière, et me dirigeais vers la cuisine pour prendre le temps de savourer mon petit déjeuner… un grand bol de lait avec une goutte de café, et du pain grillé, copieusement tartiné de beurre salé.

 

 

Après avoir traîné un peu, en remettant tout de même quelques objets en place (l’habitude oblige), je décidais d’aller flâner un peu sur les quais, ou peut-être aux puces…

 

 

Je m’habillais en conséquences, jean, baskets, et blouson léger avec poches intérieures, et prenais juste le minimum de papiers et titres de paiements pour éviter toute envie d’agression.

 

 

Finalement, je décidais d’aller faire un tour sur les quais, puis j’irais manger dans le 13ème

 

 

Il était encore assez tôt et les « caissons » des bouquinistes n’étaient pas tous ouverts. Je m’attardais donc plus longuement sur chacun, regardant les affiches anciennes, feuilletant un livre de mode d’après-guerre, consultant les cartes postales.

 

 

Puis, comme je quittais cet étal, peut-être le 3ème ou le 4ème, j’ai eu l’impression que quelqu’un me suivait du regard. Oui, je sentis comme le poids d’un regard sur ma nuque. Je me retournais, et ne vis que quelques curieux qui ne s’intéressaient visiblement pas à ma personne, mais uniquement aux vieilleries qui n’attendaient que ça.

 

 

Je repris donc ma route, mais après avoir fait quelques pas, j’eus à nouveau cette sensation de regard qui me suivait, mais en plus, comme si une force invisible me retenait et me tirait vers l’arrière, si bien que je me demandais si les quelques pas que j’avais faits m’avaient permis d’avancer ou simplement de faire du « sur-place ».

 

 

Je ressentis comme une impression désagréable de reproche d’abandon, comme si quelqu’un me disait « ne pars pas déjà » !

 

 

Je décidais donc de faire carrément demi-tour, et de revenir vers cet étal.

 

 

Qu’avais-je donc vu ou touché qui ait pu déclencher une telle sensation ?

 

 

Je me remis donc à regarder les revues que j’avais feuilletées, d’une façon plus attentive, mais ne remarquais rien.

 

 

Je fouillais à nouveau dans la boîte des cartes postales, mais aucune ne retins particulièrement mon attention.

 

 

Je m’attardais encore, retenue malgré moi, et fis une investigation minutieuse de tout le contenu de cet étal.

 

 

C’est alors que mon attention fut attirée par le regard sombre d’un beau militaire moustachu, posant seul sur une photographie que je n’avais pas remarquée. Il me sourit, et me fit un clin d’œil. Je me mis à rire intérieurement et me morigénais :

« ma pauvre fille, le stress te fait extravaguer ! te voilà en train d’imaginer que cette photo qui date de la guerre 14-18, peut exprimer une quelconque émotion ! »

 

 

Je décidais cette fois-ci, fermement de quitter les quais, et d’aller jusqu’aux puces. Puisque j’avais hésité au moment de partir, il valait mieux changer dès maintenant de direction.

 

 

Je jetais encore un coup d’œil à cette photographie, pour me convaincre de ma bêtise, et vis cette fois-ci nettement le clin d’œil que me fit ce fringuant militaire, et le sourire en coin, qui provoqua une remontée de sa moustache vers la joue droite, y creusant une fossette.

 

 

C’est tout de même un peu fort ! Je regardais de nouveau autour de moi, mais je semblais décidément être la seule victime de cette photographie facétieuse. Les gens continuaient de passer, indifférents, pressés ou flâneurs, mais nullement attirés par ce militaire qui posait beau et fier dans son uniforme bleu horizon !

 

 

Le propriétaire de toutes ces reliques ayant remarqué que je m’attardais, vint me rejoindre, pour s’enquérir de l’objet qui m’intéressait, et surtout pour me le vendre, bien sûr. Or, il n’était pas dans mes intentions d’acheter quoi que ce soit, puisque je n’avais pas eu vraiment le coup de cœur qui peut déclencher un achat de cette nature !

 

 

Et pourtant, je m’entendis lui dire « c’est combien, cette photo ? ». Après quelques marchandages de bon aloi, je repartis avec la photographie emballée dans un papier journal, et avec, à la fois le sentiment de m’être fait manipuler par je ne sais quel esprit malin, et le plaisir que procure certains gestes de bienfaisance, la satisfaction d’avoir fait une bonne action.

 

 

Je n’avais plus envie de continuer ma marche sur les quais, ni d’aller aux puces, et j’entrepris de me rendre dans le 13ème arrondissement à pieds, puisque j’avais du temps, et de manger vietnamien, avant de rentrer à la maison.

 

 

Tout en flânant devant les vitrines, quelquefois bousculée par des gens pressés, je n’efforçais de ne pas laisser mes pensées monopolisées par ce sourire qui s’imprimait en filigrane sur tout ce que je regardais.

 

 

J’entrais dans une boutique de mode qui affichait des soldes importantes, et je farfouillais sans grande conviction dans les bacs, faisant défiler les robes, jupes et pantalons qui se trouvaient sur les cintres.

 

 

Les vêtements qui m’auraient plu n’étaient soit pas à ma taille, soit dans une teinte qui ne m’avantageait pas vraiment… Enfin bref, je sus rapidement que je n’achèterais rien ce jour-là, dans ce magasin, parce que j’avais franchement la tête ailleurs. Et d’ailleurs, c’était bien ainsi, pour mes finances.

 

 

Vers 11 heures 45, j’arrivais donc au restaurant, qui à cette heure, n’était pas plein, et après avoir posé mon cadre emballé sur le coin de la table, j’en profitais pour prendre le temps de lire attentivement la carte, à la recherche d’un mets qui m’avait particulièrement plu, lors d’un précédent passage. Je passais ma commande, et m’installais confortablement.

 

 

Je me dis « tiens ! si j’avais encore fumé, j’aurais allumé une cigarette ! ». Mais, ce ne fut qu’une pensée furtive, et l’envie de tabac ne fut que très fugace, mais l’obsédant sourire de « mon » beau militaire revint très nettement devant mes yeux.

 

 

En attendant que ma commande arrive, je mis le paquet sur mes genoux, et l’entrouvris, afin de voir si un nom était noté éventuellement, à l’arrière de la photo. Mais, il y avait un carton terriblement muet. Je remballais donc le cadre, en me gardant bien de regarder la photo, et en me promettant, dès que je serais rentrée, d’enlever ce cadre, et de voir si ce portrait était identifiable.

 

 

Je savourais pleinement ma « soupe chinoise », à laquelle j’avais ajouté les traditionnelles pousses de soja, ainsi que diverses verdures dont les noms m’étaient inconnus, mais les saveurs plaisantes. Puis je me régalais de bananes au caramel arrosées d’un thé au jasmin. Le va et vient, ainsi que les bribes de conversation qui me parvenaient suffirent à me distraire.

 

 

En sortant du restaurant, je flânais devant les vitrines du 13ème,  et finalement, je me laissais tenter par une marinière brodée, dans les tons turquoise, tout en me demandant avec quelle jupe ou quel pantalon j’allais bien pouvoir la porter.

 

 

Une fois sur le trottoir, je mis le cadre dans le sachet qui m’avait été fourni avec la marinière, et remontais jusqu’à la station de métro. Je trouvais une place assise, en face d’une femme, fardée et bardée de faux bijoux, qui semblait pensive… A quoi pouvait bien être occupé son esprit ? Revoyait-elle des évènements passés ? Se projetait-elle dans l’avenir ? Son visage demeurait impassible. Peut-être finalement ne pensait-elle à rien !

 

 

Etant arrivée à ma station, je quittais cette inconnue, et rentrais à mon appartement. Tout en marchant, je revis le visage de mon beau militaire. J’eus soudain hâte d’être rentrée, et de démonter le cadre…

 

 

Je pris juste le temps de poser mon vêtement sur le dossier d’une chaise, et vidais le sachet, laissant de côté la marinière, pour me jeter sur le paquet enveloppé de papier journal que je déballais fébrilement.

 

 

Il était là, et nous nous regardâmes. Nous étions face à face, et ses yeux me sourirent. Avec ses sourcils épais, et un peu broussailleux, ses pommettes hautes, et l’ombre de sa fossette sur la joue droite, il dégageait une expression espiègle. J’eus l’impression fugitive de le connaître, et surtout une envie folle de le voir sauter hors de la photo pour qu’il se trouve là devant moi en chair et en os ! Que ses yeux pétillent, que ses lèvres s’animent et me parlent. Nous n’allions tout de même pas rester là immobiles, moi aussi figée que lui sur la photo ! Il fallait que je sache qui il était.

 

 

Tout d’abord, je me débarrassais de ce verre sali, et de ce cadre minable. Il méritait mieux que cela.

 

 

Une fois la photo retirée, je regardais au dos, espérant y trouver une inscription, qui me mettrait sur la voie de son identification. Mais, seul figurait un tampon du photographe, mal imprimé à l’encre bleue, qui ne comportait même pas de date.

 

 

Quel tour me jouait-il ? Venir s’immiscer dans ma vie de cette façon, sans même se présenter. Comment allai-je faire pour découvrir la raison de son incursion ?

 

 

Un bruit de clés… Rosemarie, ma fille aînée rentrait, avec une foule de choses à dire, comme à son habitude. Donc, je me hâtais de ranger photo et cadre dans le tiroir du buffet, et me dirigeais vers la cuisine, pour faire un thé. Eliette, la seconde ne tarderait pas, et nous pourrions savourer un de ces moments privilégiés, devant une tasse fumante, et quelques gâteaux.

 

 

J’aimais ces instants où nous étions toutes les trois. Je les écoutais raconter leurs aventures et mésaventures, je les partageais… nous riions ensemble. En avons-nous eu de ces crises de fou rire ! Que c’était bon…

 

 

Je ne souhaitais pas leur parler de ma rencontre sur les quais. D’ailleurs, loin de la photo, je me demandais si c’était vraiment aussi important !

 

 

Nous avons passé le reste de l’après-midi ensemble. Puis, après le dîner, Rosemarie est sortie, et Eliette est allée dans sa chambre pour lire. Elles étaient bien différentes, mais peut-être complémentaires…

 

 

Je regardais une émission de télévision qui traitait du génocide au Rwenda, puis décidais d’aller me coucher et lire un peu avant de m’endormir.

 

 

Toutefois, avant de me glisser sous mes couvertures, mon beau militaire sembla me dire que je l’avais oublié dans le tiroir. J’allais donc le sortir du buffet, et mis la photo sur ma table de nuit.

 

 

Une fois bien installée sur mes oreillers, je pris mon livre et rentrais à nouveau dans l’histoire… 1 heure après, j’éteignais la lampe de chevet, mes paupières étant devenues bien lourdes.

 

 

Et je m’endormis immédiatement….

 

 

Dans un rêve je sentis comme un souffle près de mon oreille, une voix masculine et douce me parvint. Je l’écoutais…

 

 

« Je m’appelle Jean-Marie, parce que mon père s’appelait Jean et ma mère Marie. Je suis le fils aîné d’une fratrie de 5 garçons. Mon père était bourrelier, et ma mère s’occupait de la maison. Elle aidait aussi mon père lorsqu’il y avait un travail urgent, ou une livraison.

 

 

 

J’ai eu la chance de pouvoir aller à l’école régulièrement, et de pouvoir parvenir à être instituteur, ce qui pour mes parents représentait une promotion tellement importante, que j’aurais été Président de la République, ils n’auraient pas été plus fiers.

 

 

 

D’autant plus que, pour la rentrée de 1913 j’avais obtenu un poste dans le bourg.

 

 

 

C’est cette année là que j’ai rencontré Hortense, à la foire de la Saint-Michel. Le soir, il y avait un bal, qui réunissait toute la jeunesse des environs. Tout de suite, nous nous sommes plus. Elle dégageait un bonheur de vivre et une joie tellement communicative qu’elle a fait fondre toutes mes réserves de timidité, et nous avons dansé toute la soirée.

 

 

 

Elle était infirmière, et venait de prendre son poste à l’hôpital tout proche. Ses parents étaient décédés lorsqu’elle n’avait que 15 ans, et c’est une tante qui habitait Paris qui l’avait recueillie, et l’avait poussée vers ce métier. C’était tellement rare…

 

 

 

Le lendemain soir, après la fermeture de l’école, et avant de corriger les devoirs, je me rendis à l’hôpital et attendis sa sortie.

 

 

 

A Noël, nous décidions que nous nous fiancerions pour Pâques, et que le mariage serait célébré dans le courant de l’été.

 

 

 

A Pâques, entourés de nos deux familles et de quelques amis, nous nous sommes fiancés. Nous flottions sur un nuage, toutes choses étant devenues belles et dans un flou de pastels qui nous faisait envisager la vie comme un comte de fées… Je ne sais pas s’il faisait beau, ou s’il pleuvait, le soleil nous habitait, et faisait naître un bonheur nouveau, des sensations jamais ressenties, une osmose qui faisait que nous n’étions plus qu’une personne.

 

 

 

Qu’il est difficile de dire à quel point nous nous sentions en communion parfaite. Notre mariage était fixé pour le samedi 4 juillet 1914…

 

 

 

Puis, la vie repris son cours…

 

 

 

Le journal nous appris que le 28 juin de cette année, l’Archiduc Franz Ferdinand, héritier du trône d’Autriche, et sa femme avaient été assassinés à Sarajevo, par des nationalistes serbes.

 

 

 

Chacun y allait de ses commentaires, certains pressentant déjà qu’une guerre pourrait bien éclater… Mais notre jeunesse et nos projets nous maintenaient dans un cocon, ce qui fait que nous étions bien éloignés de ces évènements. Et notre mariage s’est bien déroulé comme prévu, le 4 juillet.

 

 

 

Qu’elle était belle mon Hortense, irréelle et bien présente. J’entends encore son rire. J’ai encore l’impression de la serrer dans mes bras pour danser au son de l’accordéon du « Père Jean-Baptiste » qui jouait de mémoire, sans avoir jamais su lire une note de musique sur une portée… et qui animait la plupart des fêtes du village !

 

 

 

Les jours qui ont suivi, après le départ des invités qui étaient restés pour terminer les restes des repas, n’ont été que du bonheur. Quelques bruits continuaient à courir sur l’instabilité de la situation, mais cela ne nous préoccupait guère… Nous installions notre nid d’amour, dans 2 pièces au-dessus de l’atelier de mon père, avec des fous rires qui se terminaient en étreintes folles.

 

 

 

Mais le 1er août 1914 à 4 heures de l’après-midi, le clocher de l’église s’est mis à sonner le tocsin… Les cloches ont longtemps raisonné dans ma tête… La mobilisation générale. Tout s’est mis à tourner au son de ces cloches. Quelle était cette folie ? L’Allemagne a déclaré la guerre à la Russie. La guerre, mais pourquoi ?

 

 

 

Mais peut-être qu’elle ne déclarera pas la guerre à la France ? Je me sentais si peu concerné. Mais le 3 août, mes espoirs s’effondraient. L’Allemagne déclarait belle bien la guerre à la France !

 

 

 

Je devais partir, laisser mon Hortense. Mais ce ne serait sûrement pas pour longtemps.

 

 

 

Puis ce fut le train, la chaleur en cette 2ème semaine d’août, les arrêts dans des villes inconnues où nous étions reçus cordialement, la plupart du temps.

 

 

 

C’est lors d’un arrêt de quelques jours à Viterne que j’ai demandé à un photographe de me faire quelques portraits pour les faire parvenir à Hortense

 

 

 

Les charrettes tirées par des chevaux épuisés, la marche, sous la pluie. Je me disais que je faisais un abominable cauchemar et que j’allais me réveiller dans les bras d’Hortense. Mais les jours et les nuits se succédaient. Je me sentais ballotté, perdu, impuissant.

 

 

 

C’est un peu avant Fère-Champenoise je me suis rendu compte que le cauchemar ne faisait que commencer : il y avait des quantités de soldats en pantalons rouges par terre, par groupes de quelques hommes. Mais que s’était-il passé ? Peut-être des patrouilles qui avaient été surprises.

 

 

 

Quand nous sommes entrés dans Fère-Champenoise il ne restait plus de gare ; seulement quelques murs calcinés, le spectacle était effrayant. Il y avait deux trains emplis de grands blessés Allemands. Sur les quais, dans la salle d'attente, partout il y avait des grands blessés allemands en attente d'être dirigés sur l'intérieur. Beaucoup ont dû rester là; ils étaient agonisants.

 

 

 

Ainsi, je rencontrais « l’ennemi » au travers de ces êtres tellement semblables à moi, et qui souffraient dans leur chair et sûrement dans leur âme, autant que j’aurais pu souffrir à leur place. Et j’allais devoir participer à cette tuerie ?! Mon Dieu, la peur me tenaillait, m’étreignait le ventre, la nausée n’était pas loin…

 

 

 

Un Officier nous dit que quelques milliers avaient été évacués, et qu’un millier, était encore à venir, et c’était un défilé permanent de charrettes qui les amenait.

 

 

 

Nous avons traversé une partie du champ de bataille de la Marne. J’étais pétrifié. Il était impossible de compter les morts, tant allemands que français, sans parler des chevaux. L’odeur est pestilentielle.

 

 

 

Jusqu’ici, j’avais envoyé des cartes à Hortense, lui décrivant ce long parcours, mais maintenant qu’allais-je lui dire ? Je ne pouvais tout de même pas lui décrire le spectacle horrible que nous voyions !

 

 

 

Je ne sais plus combien de temps il a fallu pour que nous rejoignions les lignes avancées. Le cauchemar allait grandissant. Nous entendions des bruits de canonnades, quelques fois proches, quelques fois lointains. Combien d’hommes et de chevaux tombaient chaque fois ?

 

 

 

Et cette pluie qui ne cessait pas !

 

 

 

Puis un midi, alors que nous nous terrions dans une tranchée, le bourgmestre a appelé mon nom pour me donner 3 longues lettres d’Hortense. Avant de les ouvrir, je les ai classées, palpées serrées sur mon cœur. Des lettres d’amour, de celles qui coulent comme le miel sur une plaie.

 

 

 

Il n’y avait plus de tranchée, plus de pluie, plus de faim. Il y avait Hortense, et au travers des mots qu’elle avait écrits, j’entendais sa voix.

 

 

 

A la 3ème lettre, j’ai appris qu’elle serait maman… et moi papa. J’ai failli éclater de joie. Un enfant de nous, de nos sangs mêlés. Mon Dieu, était-ce possible ? Ma joie était telle que j’avais l’impression que mon cœur allait exploser.

 

 

 

Et soudain une violente douleur à la poitrine. Ce n’était pas mon cœur qui explosait, mais une balle qui mettait fin à ma vie terrestre.

 

 

 

Je me suis senti subitement délivré de toutes ces horreurs, et j’ai vu mon Hortense, qui soignait des blessés dans une grande salle, qui prenait la main de certains au passage. Qu’elle était belle et dévouée. Mais n’allait-elle pas trop se fatiguer, et compromettre la naissance de notre enfant ?

 

 

 

J’étais revenu sur le nuage du jour de notre mariage, et j’allais rester là. Certaines nuits, je venais caresser ses cheveux.

 

 

 

J’ai aussi assisté à l’annonce de ma mort. J’ai eu terriblement peur. Elle s’est évanouie. Je suis allée près d’elle, mais elle ne me reverrait jamais… Je lui parlais doucement, je lui prenais la main, comme elle savait si bien le faire pour réconforter les malades. Mais elle semblait insensible à mes marques d’affection. Je n’arrivais pas à lui transmettre ma chaleur.

 

 

 

Petit à petit, elle s’est apaisée, et la venue de notre enfant l’a beaucoup occupée. Maman faisait de la layette, avec de la laine que filait notre voisine. Elles constituaient un trousseau avec des tissus récupérés, ressortaient la layette qui avait servi lors de ma naissance…

 

 

 

Puis il y a eu la naissance de notre petite Amélie au mois de mars, le 10. J’étais là, je l’ai vue arriver au monde. Sa maman a souffert, mais elle était heureuse, et elle s’est adressée à moi, pour me remercier de lui avoir fait ce cadeau avant de partir. »

 

 

Subitement, je me suis réveillée, assise sur mon lit ! Amélie ? Mais c’était le nom de maman ! Le 10 mars 1915 ? Mais c’était sa date de naissance !

 

 

Je regardais à nouveau cette photo, et elle me fit un clin d’œil entendu…

 

 

Ainsi, je venais de retrouver la photographie de mon grand-père, que je n’avais pas connu. Rien n’avait subsisté après l’incendie qui avait ravagé une partie des maisons de la rue ou habitaient ma grand-mère, et ma mère.

 

 

Etait-ce un simple hasard ? Le destin ne m’avait-il pas tout simplement conduit ici ce jour-là ? Et comment cette photographie était-elle arrivée là ? Peut-être retrouvée dans la boutique du photographe ?

 

 

Toutes ces questions resteront sans réponse, mais j’ai mis la photo de mon grand-père dans un cadre digne de lui, et chaque fois que je le regarde, il me fait un petit clin d’œil entendu.

 

 

Ce secret restera à jamais entre nous.

 

 

 

 

Par Catsy
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Jeudi 1 mars 2007

Avec ce mauvais temps, notre "piou-piou" est venu se gaver sur la terrasse...

Par Catsy
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